Du plan en deux parties (suite et pas encore fin !)

Jadis (oui déjà jadis),  nous avions publié  une « Tribune » dans la revue Ajda en 2011 (p. 473). En voici la substance (sachant que d’autres développements viendront bientôt les compléter) !

Le plan en deux parties est au Droit ce que Marianne est à la République française ou Le Nôtre (1613-1700) à l’horticulture : un symbole culturel et national. Il n’est néanmoins pas une nécessité. Les enseignants (chargés de travaux dirigés lors de leurs leçons de méthodologie et titulaires de cours magistraux) ont d’ailleurs bien souvent beaucoup de mal, n’en connaissant presque jamais l’origine, à convaincre leurs étudiants du bien fondé d’une telle pratique. D’aucuns en arrivent alors parfois à justifier cette modalité d’une façon purement tautologique sinon fataliste : « le plan est en deux parties… parce que c’est comme ça » ! Et, d’ajouter : il en est ainsi comme de la tête et des jambes, du jour et de la nuit, de la cornette et du guleron de l’épitoge voire du yin et du yang pour les plus orientalistes. Le plan est en deux parties, dit-on parfois, pour forcer l’étudiant à exposer sa pensée de façon plus claire et rigoureuse : pour que le lecteur, dès son audition ou sa lecture, saisisse le sens de ce qui sera démontré. Il est ce jardin à la française évoqué en introduction, cette nature maîtrisée tenue de suivre ses deux tuteurs parallèles et équilibrés. Avouons que si l’artifice est esthétiquement agréable, méthodologiquement, cette règle ne se justifie en rien. C’est en effet davantage le raisonnement dialectique qui s’impose à toute démarche scientifique (introduit dès l’Antiquité par des philosophes comme Zénon d’Elée (-490 à -430 avant Jesus-Christ), diffusé par Platon (-428 à -348 avant Jesus-Christ) et intégré au système aristotélicien, la dialectique – en trois temps – devient une technique de raisonnement dans les philosophies médiévales puis modernes ce qu’a particulièrement défendu et mis en avant Hegel (1770-1831)). De cette méthode millénaire, il ressort une exposition d’une problématique en trois temps : la thèse, l’antithèse et la synthèse. Il s’agit alors de l’énoncé d’une contradiction puis de sa résolution finale par la confrontation. Notons que les magistrats et les avocats eux-mêmes pratiquent la dialectique (et non le plan en deux parties) lorsqu’ils s’adonnent au syllogisme judiciaire basé sur la majeure, la mineure et sa conclusion. Un travail, a priori, se doit donc de respecter cette logique ternaire. Autrement dit, avec un objectif de démonstration, la raison impose un plan en trois et non en deux parties et ce, dans un exposé, une dissertation, un commentaire… Rien – à part la tradition et l’histoire académiques – ne milite en faveur du plan binaire sauf (peut-être) l’intérêt pratique qu’il y aurait à forcer l’étudiant à organiser sa pensée en une synthèse présumée plus claire et opérationnelle.

Une habitude académique artificielle qui ne se justifie plus

En l’occurrence, l’usage remonte à la réorganisation, en l’an XII (1804), des Facultés de Droit. A l’époque, en effet, les étudiants n’étaient interrogés par le jury formé des professeurs de l’Ecole qu’à l’occasion d’oraux. L’écrit n’était alors utilisé que pour la rédaction des thèses de Licence et de Doctorat. Or, pour ces deux examens, les étudiants devaient tirer un sujet qu’ils devaient ensuite traiter à l’écrit puis soutenir à l’oral, d’une part en droit romain et, d’autre part, en droit positif (et, le plus souvent, en droit civil). La thèse de Doctorat, lit-on ainsi dans la revue Thémis (1819) est un simple « placard imprimé, sur une feuille unique, et divisé en deux parties pour deux matières différentes, tirées, l’une du droit romain, l’autre du droit français ». C’est cette obligation, purement formelle et artificielle, pratiquée pendant maintenant plus de deux siècles qui a formaté nos maîtres à ne penser, par écrit en tout cas et dans les prestigieux concours de la République, qu’en deux temps et en deux temps uniquement. Il ne s’agit pourtant que d’un artifice car aucune question (commentaire, dissertation, exposé, etc.) n’impose a priori un raisonnement en deux, trois ou plusieurs parties.

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