Nous mentionnons ici (mais aussi et déjà là) la suite de réflexions relatives au port du ou plutôt des costumes universitaires …

Les présents développements (d’abord issus de nos travaux de thèse) ont été rédigés en collaboration avec M. Marc Boninchi et ont été publiés dans l’ouvrage d’Initiation au Droit (introduction encyclopédique aux études & aux métiers juridiques ; Lextenso, 2011).

L’Université recèle de rites et de symboles. Parmi ceux-ci la question de l’ornement vestimentaire figure au premier rang et elle ne concerne pas, contrairement aux a priori, que la tenue professorale.

La robe : le « rouge et noir » de travail. Ridicule, pédante, dépassée, m’as-tu-vu, arriérée et parfois même réactionnaire, tels sont les adjectifs le plus souvent accolés au port de la robe universitaire lorsque certains enseignants se risquent à cette mode. Jusqu’en mai 1968, pourtant, le port de cette même robe, aux couleurs pourpre et d’ébène, était la règle. À l’origine consulaire, c’est l’article 68 du décret du 21 décembre 1804 qui l’imposa faisant alors revivre une autre des traditions d’Ancien Régime. Il s’agit d’une robe ample et rouge aux grandes manches à revers de soie noire. La toge porte alors les stigmates de la simarre (une seconde robe) noire et se doit d’être serrée à la taille par une ceinture de soie puis fermée par une rangée, actuellement composée de 13 boutons comme sur une soutane. Elle est flanquée à l’épaule gauche d’une chausse ou épitoge reflétant le grade de celui qui la porte et, abandonnant la pratique du rabat double, on lui a imposé une cravate de batiste plissée (il est donc particulièrement déplacé de porter une cravate sous cette cravate ; seul le nœud papillon est toléré ce qui explique la continuité de son port par certains collègues). Enfin, on a maintenu le port de la toque rouge (et garnie d’un galon d’or), rappel ancestral du mortier judiciaire. Outre ce « grand » costume, existe également un « petit » costume aux couleurs inversées du précédent (et donc principalement noir et non rouge). Ce dernier doit être porté en toutes occasions (sauf les exceptionnelles) et n’est pas, contrairement à ce qu’on dit parfois, relégué aux maîtres de conférences. En effet, le port du costume est l’incarnation même de l’Égalité.

Fonctions. Il ne faut pas s’y tromper : le costume réinstauré par Napoléon n’avait pas qu’un seul objectif : auréoler d’apparat la fonction prestigieuse de membre de l’Université ainsi qu’on portait, sous l’Ancien Régime, la robe en tant que symbole d’une justice de source royale. Il s’agit aussi, et avant tout, d’un costume officiel défini par la norme administrative : d’un costume ayant pour fonction, comme tous les uniformes encore portés à ce jour, de faire disparaître l’individu qui le porte pour ne privilégier et ne mettre en avant que sa fonction. Comme un acteur qui entre en scène, le professeur de droit porte son costume et puise en lui sa dignité et sa force. Il « devient » l’enseignant et oublie sa personnalité, ses tracas, son quotidien, lorsqu’il a revêtu ses apparats. En outre, le port de la robe est aussi le reflet de l’Égalité car il transcende les différences originelles pour placer tous les professeurs, riches, pauvres, fille de doyen ou petit-fils de maçon émigré, derrière un uniforme commun. Lorsque l’enseignant s’exprime alors, c’est tout un corps, c’est l’Université qui est à ses côtés, quel qu’il soit. De surcroît, ainsi que le rappelle Achille Mestre dans ses mémoires, « la robe (…) est la Providence de ceux, assez nombreux dans le corps enseignant (…), qui n’ont pas eu le loisir de méditer sur la coupe de leur veston » !

La mode : l’étudiant « Ralph et Vicomte A. ». Sans attendre une injonction du gouvernement ou des « chefs d’établissement », les étudiants de bon nombre d’universités françaises semblent avoir adopté un uniforme très précis dont le coût avoisine pratiquement celui d’une robe professorale. Cette tenue a été décrite dans un Dictionnaire du look publié en 2009 (et cité infra), qui propose une « plongée ethnographique » dans le monde de la mode, et pose les bases d’une « nouvelle science du jeune » fondée sur l’étude de ses habitudes vestimentaires.

Restrictions. L’étudiant « Ralph et Vicomte A. » (en écho aux marques déposées) ne correspond pas pour autant à tous les étudiants en droit de la même manière que la robe universitaire n’est ni portée ni comprise ou acceptée (sinon revendiquée) par tous les universitaires. Néanmoins, on trouve dans chaque amphithéâtre de toutes les universités de France, plusieurs de ses représentants et ce, avec une mention et une concentration toutes particulières, dans les établissements de Paris I et II, Lyon III ou encore Bordeaux IV. L’étudiant « R et V » se reconnaîtra alors probablement à la lecture du portrait que le dictionnaire (préc.) fait du « nappy » (acronyme constitué de : Neuilly, Auteuil, Pareire et Passy) : « Il porte des vêtements de marque, jean Diesel et pull en cachemire, polo Ralph Lauren et Weston aux pieds (…). Ses cheveux sont mi-longs, et la mèche est de rigueur ». Une Rolex au poignet, une écharpe Burberry et des lunettes Ray-Ban viennent généralement compléter l’uniforme extrêmement étudié de ce « Bcbg bling-bling ». Soulignons toutefois que la rédactrice du Dictionnaire du Look porte un jugement sans appel sur ladite tenue vestimentaire : elle hérite de la note D et rattache l’étudiant « R et V » à la catégorie « des individus ayant un intérêt hypocrite pour la mode ». Celui-ci affiche – selon elle – des tenues souvent « moches et ratées » et considère le vêtement « comme le moyen ultime d’asseoir son statut social prétendument supérieur »…

Cet « autre uniforme » aurait donc une fonction diamétralement opposée à celle de l’uniforme professoral garant d’humilité et de valeurs égalitaires.

MB & MTD

Conseils de lecture

La première partie du présent article est directement issue de : Touzeil-Divina Mathieu, « Du protocole universitaire dans les facultés de droit des départements ; À propos de la préséance et du port de la robe au xixe siècle », in Études d’histoire du droit et des idées politiques, t. II, Toulouse, PUSST, 2011, p. 243 et s. ; on consultera également : De Margerie Géraldine, Dictionnaire du Look, une nouvelle science du jeune, Paris, Robert Laffont, 2009 ; Neveu Bruno, « Le costume universitaire français : règles et usage », La Revue administrative 1996.

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