Chronique d’un service public en déclin(s) : Episode 1 : la con-vocation

Suite à plusieurs événements récents, chez Foucart se demande où va l’Université qu’il aime tant … Oh, bien sûr il est toujours plus facile de critiquer que de proposer mais, précisément, l’auteur de ces lignes ne fait pas partie que des attaquants ou des défenseurs d’obscures notions, il essaie, propose, transforme, se bat et ce, au quotidien … alors quand quelques événements surviennent et lui donnent l’impression qu’il fait tout cela pour si peu (sinon pour rien), l’envie pourrait être grande de baisser les bras : cela ne sera néanmoins pas (encore) le cas …

1ère chronique, donc, d’une Université qui parfois décline et vous donne envie au lieu de relever la tete et de crier à l’ineptie de vous battre et d’en rire plutôt que d’en pleurer … 1ère chronique et premier exemple de ce que nous devenons collectivement …. 1ère chronique dans une Université pas si imaginaire est fictive que cela et que nous nommerons NEXHUME par commodités …. (mais cela pourrait être n’importe laquelle de ces consoeurs) …. 1ère chronique enfin qui ne donnera évidemment aucun patronyme (le but n’est ni d’injurier ni de trouver des boucs émissaires mais bien de témoigner du quotidien) …. 1ère chronique d’un jeune professeur déjà certainement vieux con pour la plupart de ceux qui liront ces lignes 🙂

Episode 1 : la con – vocation

En ce joli mois de pluviôse, le professeur KARFOU se rend au lieu dit NEXHUME-Université pour y faire passer toute une série d’oraux à des étudiants de Master de droit public. Il ne s’agit a priori pas d’une partie de plaisir(s) – qui plus est un samedi – mais KARFOU prend son rôle au sérieux et avec respect tant pour son enseignement, que pour l’institution qui lui a fait l’honneur de lui confier le cours qu’il aime tant … ainsi que pour ses étudiants.

Pour ce faire, il arrivera comme à chaque examen et à chaque cours qu’il a donné à ces jeunes adultes avec au moins vingt a trente minutes en avance (on ne sait jamais). Il essaiera de montrer qu’il ne dédaigne pas le public à qui il s’adresse et qu’au contraire il le respecte pleinement tout comme il a ou aurait apprécié parfois que les enseignants qu’il a connu – à leurs places – le lui témoignent … Ainsi prendra-t-il par exemple le temps de revêtir un costume, une cravate ….

1er jury fixé à 9.30 selon l’affichage officiel mais KARFOU est là depuis 8.45 … quelques étudiants sont également présents ; ils stressent plus que de raison et au lieu d’attendre et de faire croître inutilement cette angoisse, KARFOU les invite s’ils le désirent à commencer dès maintenant « pour être débarrassé(s) » ! La grande majorité des étudiants est respectueuse ; rares sont ceux qui soit vous regardent avec dédain et défiance (sinon mépris) … mais il y en a toujours …. La plupart ont travaillé (et parfois appris par coeur des phrases de cours tel un Evangile ce qui impressionne toujours KARFOU qui peine toujours à comprendre ce modus operandi). Certains s’avèrent même brillants … d’aucuns couards et roublards (faisant croire qu’ils ont appris, qu’ils ont de bonnes ou de mauvaises excuses) … d’autres mêmes ne cachent nullement qu’ils ne savent rien mais qu’on ne sait jamais … sur un malentendu 🙂 … Bref … des oraux relativement classiques sur ce point de vue là …

Arrive la pause déjeuner : KARFOU dispose de deux heures mais – il le sait – il n’en prendra qu’une et recommencera à 1330 au lieu des 1400 qu’indique l’affichage réglementaire … Il en a d’ailleurs informé ses étudiants par voie électronique … Il commencera dès 1330 si certains veulent en profiter …

La pause et le sandwich avalés, KARFOU se réjouit de ce qu’il ne lui reste d’après sa liste des convocations « que » 10 étudiants à faire passer. Normalement il devrait y en avoir une vingtaine mais nombre d’étudiants sont venus en fin de matinée en se disant : « si le prof a encore un peu de temps on pourra peut-etre subir l’examen dès le matin et ainsi être libérés » ! Dont acte, tant qu’ils ne prennent pas la place d’autres, cet arrangement convient à tous et KARFOU accepte donc d’avoir une matinée plus « chargée » ce qui impliquera une après-midi plus détendue …

à 1330 donc le pr. KARFOU entame sa dernière après-midi de jury ; cinq étudiants sont présents … à raison de 10 minutes d’examen pour chacun, il se trouve heureux et libéré de ses obligations pour 14.50 … (on prend toujours un peu de retard, laisse les étudiants préparer un peu plus, etc.) Toutefois, au cas où un étudiant serait en retard le professeur, quasi seul dans la grande Université de NEXHUME décide d’attendre un peu …. de 14.50 à 15.23 (très précises) il reste dans la salle qui lui a été assignée et attend …. attend …. téléphone …. attend …. attend …..

Un peu avant 1530 constatant que personne ne s’est présenté depuis plus de 30 minutes et – surtout – que la convocation officielle (celle de l’affichage) était à 1400 il décide de s’en repartir tout guilleret.

A 1700 pourtant, un courrier électronique incendiaire vient en partie troubler son samedi soir …. suivi trois heures plus tard d’un second. Dans ces deux courriels deux étudiants (nommons les POM & MAM) non seulement :
–  ne s’excusent pas et ne présentent aucune forme de respect et de politesse minimale ;
–  n’expliquent pas en quoi et pourquoi ils sont venus après 1400 (heure officielle de convocation) ;
–  ne se remettent pas une seconde en question mais de surcroît :
–  partent du principe que tout leur est dû ;
–  qu’il est normal que l’enseignant les attende de 1330 à 1700 sans discontinuité ;
–  et se permettent en conséquence de le réprimander parce qu’il a eu l’outrecuidance de ne pas les attendre plus d’une demie heure …

Autrement dit, sans ciller, il apparaît désormais normal, logique, opportun et raisonnable à certains étudiants (dont MAM & POM) que nous sommes désormais dans une société / université si consumériste qu’il leur appartient de fixer unilatéralement toutes les conditions de leur choix y compris l’heure et les modalités de convocations de l’examinateur ; qu’en conséquence la convocation qui leur impose d’etre la à 1400 leur permet sans aucune difficulté d’arriver une heure et demie plus tard sans même présenter d’excuses mais au contraire en insultant l’enseignant qui, à tort, avait eu l’amabilité d’attendre 30 minutes de plus déjà ….

Si vous ajoutez à cela que POM & MAM en profitent pour mentir et être d’une crasse mauvaise foi ; ajoutant ainsi qu’ils sont venus devant témoin à 1430 pour l’un et à 1500 voire 1510 pour l’autre et qu’ils n’y ont pas aperçu KARFOU ce qui est purement scandaleux …. et vous comprendrez que ledit enseignant commença a minima à s’énerver ….

Reprenons les choses d’un point de vue factuel :

–  1) les étudiants sont convoqués à 1400 et non chacun(e) à heure fixe avec un horaire prédéterminé de passage – c’est en tout cas ainsi dans l’Université de NEXHUME et les étudiants de Master sont censés le savoir depuis le temps qu’ils passent des examens ;
–  2) ladite convocation implique donc qu’ils doivent être visibles et prêts à subir leur examen à 1400 et ne pas arriver en conséquence après cet horaire ;
–  3) si POM & MAM avaient simplement dit : pardonnez nous nous sommes en retard (mamy a brûlé, le train a déraillé, etc…) bref quelle que fut l’excuse, KARFOU n’aurait rien dit mais désormais nous assistons ici à un changement TOTAL du prisme : ce n’est plus l’étudiant qui est convoqué mais l’enseignant ….

la con-vocation ne vaut désormais que pour ce dernier aux yeux de POM & MAM et c’est cela qui est grave.

Bien sûr il n’y a pas mort d’hommes, cela n’est pas si grave et cela s’arrangera très certainement (oui il existe une session de septembre qui n’est pas faite pour les chiens mais pour les étudiants qui comme POM & MAM soit ont loupé leur examen soit n’ont pas désiré en respecter les règles originelles) mais si nous ne disons pas STOP aujourd’hui à ce type de comportement ; si avec fermeté nous ne les condamnons pas nous serons réduit à être des enseignants automates au seul service de la consommation estudiantine. Et cela nous sommes heureusement plusieurs à nous y refuser.

Nous sommes les premiers à prôner et à mettre en avant les paroles de Laboulaye selon lesquelles l’enseignant est là pour l’étudiant et non l’inverse mais faisons attention au sens des mots. La vocation (celle de KARFOU comme la nôtre) se réalise au nom de l’Université et de son service public, au nom de l’intérêt général et au service certes de ses usagers les étudiants …. mais, pour autant, nous ne sommes pas et devons refuser d’être ou de devenir des pions à la solde du seul désiderata estudiantin.

Je passe sur le manque de respect évident pour notre condition et notre profession ; je passe encore sur la mauvaise foi évidente des étudiants qui affirment être là à une heure où objectivement ils ne pouvaient matériellement être ; je passe sur l’absence d’excuses présentées mais je ne passerai pas sur la convocation qui m’a été présentée (pardon je m’égare sur la convocation envoyée au pr. KARFOU) …. Je ne suis pas convocable par un étudiant et m’y refuse. Tout ne leur est pas dû et l’Université est en déclin (épisode 1).

Vouloir la reconstruire c’est aussi refuser ce type de comportement

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