Le prĂ©sent article fait partie d’un ensemble de prĂ©sentations – d’œuvres & d’auteurs de la doctrine publiciste – rĂ©digĂ©es par le pr. Touzeil-Divina.

Sauf indication contraire, le texte reproduit ici est un extrait issu du Dictionnaire de droit public interne (Paris, LexisNexis ; 2017). Il n’est pas libre de droit(s) (plagiat toussa toussa).

Le présent site porte également
Ă  ses nues doctrinales (outre le doyen Foucart !)
un autre génie du droit public ;


Louis Rolland (1877-1956) est un publiciste sarthois né à Bessé-sur-Braye. Député, enseignant à Alger puis à Nancy et à Paris, on lui doit de nombreux ouvrages et articles de doctrine à partir desquels il a bâti sa renommée académique notamment par l’exposé de ce que l’on nomme encore les « Lois » du service public. Chez Fouc@rt 6.0 intègre ici les préoccupations de Louis Rolland et ce, à travers la mise en avant d’Actualité(s) juridique(s), du Droit administratif (et de son moteur : le service public) ainsi que de la Sarthe et de ses environs.

– une première présentation de Louis Rolland se trouve ci-dessous ;

– un ouvrage qui lui a été récemment dédié est même présenté …

– une rĂ©flexion sur les « Lois Â» Ă©ponymes se trouve lĂ  …

Louis Rolland, le Méditerranéen d’Alger, promoteur et sauveteur du service public

Le prĂ©sent article est issu de : Touzeil-Divina Mathieu,  » Louis Rolland, le  MĂ©diterranĂ©en d’Alger, promoteur et sauveteur du service public » in Touzeil-Divina Mathieu & Levade Anne (dir.), Revue MĂ©diterranĂ©enne de Droit Public n° 4 – JournĂ©es Louis Rolland, le MĂ©diterranĂ©en ; Toulouse, Lextenso-L’Epitoge ; 2016.

De Louis Rolland (1877-1956) on connaĂ®t les « Lois Â» Ă©ponymes et cĂ©lèbres – dans toute la MĂ©diterranĂ©e – du service public. On sait Ă©galement ou devine ses liens avec le mouvement, notamment portĂ© par LĂ©on Duguit (1859-1928) en matière de promotion dudit service public comme critère du droit administratif et mĂŞme du droit public tout entier. On retient Ă©galement que le professeur a rĂ©digĂ© deux prĂ©cis ou mementi dont chacun sera l’objet d’un article dans le prĂ©sent ouvrage : un prĂ©cis de droit administratif (11 Ă©ditions de 1926 Ă  1957 ; la dernière Ă©tant posthume) et un prĂ©cis dit de lĂ©gislation coloniale (qui sera suivi et continuĂ© avec l’aide de Pierre LampuĂ© (de 1931 Ă  1959 sous diffĂ©rentes appellations)).

On se souvient également que l’enseignant a longtemps été professeur à l’Ecole du Panthéon, la Faculté de droit de Paris, après avoir commencé sa carrière de jeune agrégé à la Faculté de droit de Nancy.

On sait moins (et ce sera l’objet d’une des contributions notamment que de le mettre en avant) que Louis Rolland commença sa carrière Ă  Alger (Ă  l’époque dĂ©partement français) comme chargĂ© du cours de droit administratif d’un certain Maurice Colin (1859-1920) et que c’est en AlgĂ©rie qu’il eut – selon nous – ses trois plus grandes intuitions (le service public comme critère du droit public, l’existence de principes ou « Lois Â» rĂ©gissant cette notion, la mise en avant d’un service public industriel Ă  part entière). On croit mĂŞme pouvoir affirmer que Louis Rolland, devenu mĂ©diterranĂ©en non par choix, mais par obligation acadĂ©mique, va le devenir par conviction(s) et l’espace mĂ©diterranĂ©en le lui rendra du reste bien puisque son nom – dans tout le bassin maritime – est dĂ©sormais associĂ© au service public et Ă  ses principes juridiques. On profitera du reste du prĂ©sent ouvrage pour rappeler – ou apprendre – que contrairement Ă  la lĂ©gende ce ne sont ni trois ni une, mais quatre « Lois Â» qu’il prĂ©senta comme motrices du service public.

On sait également peu (ou ne se souvient guère) que Rolland fut en outre député du Maine et qu’il fut mis au monde près du Mans, à Bessé-sur-Braye (Sarthe). Son engagement politique fera l’objet en ce sens, sous l’éclairage du mouvement dit du Sillon auquel il appartenait, d’un article à part entière.

La Revue MĂ©diterranĂ©enne de Droit Public est donc très heureuse – alors qu’il y a encore beaucoup Ă  Ă©crire Ă  propos de et Ă  apprendre Ă  partir de Louis Rolland – de vous prĂ©senter ici rĂ©unis suite Ă  une journĂ©e d’étude organisĂ©e Ă  l’UniversitĂ© du Maine en mars 2014 les six contributions suivantes : Louis Rolland, le MĂ©diterranĂ©en d’Alger, promoteur et sauveteur du service public (1) ; Louis Rolland, le dĂ©putĂ© du Sillon (2) ; relire le prĂ©cis de droit administratif de Louis Rolland (3) ; le prĂ©cis de lĂ©gislation coloniale de Louis Rolland & Pierre LampuĂ© (4) ainsi qu’un essai relatif aux « nouvelles Lois Â» du service public (5) et quelques documents conclusifs Ă  propos notamment de la sĂ©pulture disparue du professeur mĂ©diterranĂ©en (6).

Quel Rolland ? Le patronyme portĂ© par notre auteur est relativement frĂ©quent en France et singulièrement en Droit et en Politique. On connaĂ®t ainsi un Jean-Louis Rolland [2], dĂ©putĂ© puis sĂ©nateur du Finistère, nĂ© le 15 fĂ©vrier 1891 Ă  Landerneau (Finistère) et dĂ©cĂ©dĂ© en 1970 et qui fut l’un des rares quatre-vingts parlementaires Ă  avoir courageusement votĂ© contre la remise des pleins pouvoirs – le 10 juillet 1940 – au marĂ©chal Philippe PĂ©tain. On sait mĂŞme d’après la base de donnĂ©es des dĂ©putĂ©s [3] français qu’il y a eu, depuis 1789, seize dĂ©putĂ©s Rolland et qu’au SĂ©nat Ă©galement des Rol(l)and comme les parlementaires LĂ©on Rolland (1831-1912) (avec deux « L Â» ; sĂ©nateur du Tarn-et-Garonne) et LĂ©on Roland (1858-1924) (avec un seul « L Â» ; sĂ©nateur de l’Oise) siĂ©gèrent sous les Troisième et Quatrième RĂ©publiques notamment.

A. L’enfance sarthoise du fils des manufacturiers

Louis Rolland [4] est donc (étonnamment peut-être lorsqu’on se souvient de lui comme d’un Parisien voire comme d’un disciple dit bordelais de Duguit) bien né en Sarthe, à Bessé-sur-Braye, le 24 août 1877 et il est décédé le 02 mars 1956, à Paris. Il est le fils de Georges Rolland et de Georgette Guénée. Grâce à l’arbre généalogique que nous avons reproduit infra [5], nous pouvons tirer plusieurs informations relatives à sa famille et à son enfance.

Juristes & Papetiers. Louis Rolland est issu de deux grandes familles du Maine : les Rolland et les Quetin. Les premiers sont essentiellement des juristes Ă  l’instar du grand-père de Louis (Pierre Rolland (1810-1870)) qui fut notaire ou encore de son oncle (Jules Rolland, nĂ© en 1852 et qui fut diplĂ´mĂ© en Droit (Licence) puis notaire). Son père (Georges Marie Rolland (nĂ© en 1844)) ne fut en revanche pas juriste, mais manufacturier, Ă  BessĂ©-sur-Braye notamment, comme la plupart des membres de la dynastie des Quetin (dont sa grand-mère FĂ©licitĂ©e Ă©tait la descendante) : papetiers sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. Georges & Georgette eurent donc trois fils, dont Louis qui Ă©pousera, Ă  Nancy, JosĂ©phine Schmitt (le 21 avril 1908), quant Ă  elle fille d’un grand universitaire en mĂ©decine : le professeur (Ă  la FacultĂ© de Nancy) : (Marie Xavier) Joseph Schmitt.

1. Louis Rolland, l’enfant oublié de Bessé-sur-Braye

Toutefois, mĂŞme si Louis Rolland a vĂ©cu son enfance Ă  BessĂ©-sur-Braye et que sa famille s’y est cĂ©lĂ©brĂ©e dans les diffĂ©rentes manufactures de papier (dont certaines encore en activitĂ© en 2016 au sein du groupe Arjowiggins [6] (fondĂ© en 1824) notamment), son nom n’est plus (mais sera peut-ĂŞtre dĂ©sormais demain) associĂ© Ă  celui de la Sarthe voire mĂŞme de l’UniversitĂ© du Maine (dont il ne fut pas l’étudiant puisqu’elle n’existait pas encore) ! Au cimetière de cette commune, mĂŞme la concession familiale consacrĂ©e aux familles Rolland, Leguet & Herbaut, ne porte aucune mention ou trace du passage de Louis ou de l’un de ses proches. Dans les rues (sur les plaques dĂ©diĂ©es), sur les monuments, dans les Ă©coles, le souvenir de Louis s’est effacĂ©.

2. Louis Rolland, fils de manufacturier, étudiant envoyé à Paris

Louis Rolland est pourtant bien le fils d’un manufacturier de BessĂ©-sur-Braye et d’une belle dynastie, a-t-on dit supra, de papetiers locaux. Mentionnons Ă  cet Ă©gard qu’il exista deux types de manufactures Ă  BessĂ© : celles de tissage (dĂ©sormais abandonnĂ©es) et celles de papier(s). AssurĂ©ment, Louis fut le descendant de ces papetiers, mais c’est alors plutĂ´t vers les Rolland juristes que vers les Quetin-Rolland papetiers qu’il trouva la vocation. Et Ă  propos de vocation(s) il faut signaler que si Louis partit pour Paris afin d’étudier et de « faire son Droit Â» (et qu’il quitta donc temporairement le Maine), une première vocation se faisait Ă©galement ressentir (et il ne cessera de l’alimenter jusqu’à son dĂ©cès : sa foi catholique tĂ©moignĂ©e notamment dans son engagement tant politique (au Sillon) qu’acadĂ©mique).

B. L’étudiant parisien & les tentatives d’agrégation[7]

A l’Ecole de Droit du PanthĂ©on, Louis Rolland (qui fut l’élève de Berthelemy) soutint sa Licence en Droit puis ses deux thèses de doctorat (en sciences juridiques puis en sciences politiques et Ă©conomiques) en 1901. Sa première thèse [8] (en Droit) porta sur la « correspondance Â» (la filiation avec la papeterie Ă©tait lĂ  et dĂ©jĂ  le service public Ă©tait Ă©tudiĂ© comme moteur administratif !). La seconde thèse (en sciences politiques) porta quant Ă  elle sur un autre versant du service public postal : le secret professionnel de ses agents [9]. Suite Ă  des Ă©tudes jugĂ©es brillantes par ses professeurs, Louis Rolland devint « laurĂ©at Â» de la FacultĂ© de Droit de Paris et très tĂ´t chargĂ© de confĂ©rences en droit administratif Ă  la faveur desquelles ses talents de publiciste furent reconnus. MalgrĂ© le soutien de l’Ecole de la rue Soufflot, Rolland Ă©choua Ă  deux reprises (au concours de 1901 [10] (juste après ses doctorats) et au concours de 1903 [11]) au concours d’agrĂ©gation de droit public. Mais ces Ă©checs, s’ils vont le conduire loin de Paris et du Maine â€“ au cĹ“ur de la MĂ©diterranĂ©e –, vont transformer tant l’homme que sa doctrine en formation.

C. L’Algérois d’adoption & la révélation pour le service public

Le supplĂ©ant du dĂ©putĂ© Colin. Ce n’est alors pas Ă  Paris ou au Mans, mais bien au Maghreb que le futur professeur (alors « simple docteur en Droit Â» selon ses premières notices acadĂ©miques [12]) va commencer sa carrière universitaire. Il est en effet nommĂ©, par arrĂŞtĂ© en date du 31 octobre 1904, comme chargĂ© du cours de droit administratif en l’Ecole SupĂ©rieure de Droit d’Alger oĂą il remplace le titulaire du cours, Colin [13], Ă©lu dĂ©putĂ©. NĂ© le 11 janvier 1859 et dĂ©cĂ©dĂ© le 09 septembre 1920, le Lyonnais Maurice (Pierre) Colin fut avocat et chargĂ© d’enseignement en droit public Ă  Alger, mais eut surtout une carrière politique importante : comme dĂ©putĂ© d’Alger de 1902 Ă  1912 puis comme SĂ©nateur de ce mĂŞme territoire de 1912 Ă  1920. Selon le dictionnaire des parlementaires prĂ©citĂ© de Jean Jolly et le site de l’AssemblĂ©e Nationale, Colin fut « reçu Ă  l’agrĂ©gation de droit en 1887 [et] affectĂ© Ă  l’Ecole de droit d’Alger, transformĂ©e en FacultĂ© en 1909, comme professeur de droit constitutionnel et administratif. Il se fit recevoir en mĂŞme temps avocat au barreau de cette ville Â». Il y rĂ©digea, très rapidement après son arrivĂ©e, un ouvrage en droit administratif [14] issu de ses notes de cours et comme il devint dĂ©putĂ© en 1902 il fallut rapidement trouver quelqu’un pour le supplĂ©er. Or, trouver un spĂ©cialiste de droit administratif en France (particulièrement en dĂ©partement algĂ©rien, hors de la mĂ©tropole) n’était pas chose aisĂ©e autour de 1900. La plupart des juristes rĂ©pugnaient Ă  enseigner sinon rĂ©pudiaient mĂŞme cette matière acadĂ©mique que l’on attribuait souvent en guise de cadeau « empoisonnĂ© Â» et dit de « bienvenue Â» aux derniers arrivants et notamment aux jeunes agrĂ©gĂ©s. A Toulouse par exemple, quelques annĂ©es auparavant, c’est ce qui Ă©tait mĂŞme arrivĂ© Ă  Maurice Hauriou [15]. Ce dernier se vit en effet imposer un enseignement qu’il n’avait pas dĂ©sirĂ© et ce, comme le subirent de très nombreux enseignants qui se voyaient ainsi rĂ©quisitionner pour mettre en place des leçons dont personne ne voulait assurer la matĂ©rialisation [16]  ? Il ne faut pas en effet ignorer un facteur humain bien souvent nĂ©gligĂ© et peut-ĂŞtre mĂŞme volontairement passĂ© sous silence : c’est le vĂ©ritable rejet (d’aucuns parlaient mĂŞme de dĂ©goĂ»t) dĂ©veloppĂ© par quelques-uns des premiers (et non des moindres) professeurs de droit administratif lorsqu’on leur a demandĂ© d’enseigner cette matière qui leur Ă©tait souvent inconnue (surtout avant 1850) et leur paraissait consĂ©quemment inintĂ©ressante et rĂ©barbative. Chauveau (par exemple Ă  Toulouse, avant Wallon et Hauriou), Gougeon (Ă  Rennes), Barilleau (Ă  Poitiers), Vuatrin (Ă  Paris), Giraud (Ă  Aix) ne se destinaient originellement pas au droit administratif. De fait, rares sont ceux qui, comme Trolley (Ă  Caen) ou Foucart (Ă  Poitiers) et Rolland (Ă  Alger), semblent s’être eux-mĂŞmes vouĂ©s et dĂ©vouĂ©s au droit administratif – par choix – au lieu de l’avoir vĂ©cu comme une contrainte d’enseignement [17] . On se souviendra alors de la rĂ©pugnance avouĂ©e par Gougeon Ă  l’idĂ©e d’enseigner cette matière [18] , Ă  l’aversion dĂ©crite par le biographe de Barilleau concernant ses premières annĂ©es de professorat [19] ou encore aux multiples courriers de Chauveau et de Giraud au ministre de l’Instruction Publique et dans lesquels ils expliquaient leur volontĂ© de rapidement enseigner une autre matière que celle qui leur avait Ă©tĂ© « imposĂ©e Â» [20] . C’est d’ailleurs vraisemblablement ce qui arriva Ă  Wallon avant qu’il puisse obtenir, en 1887, la chaire de code civil qu’il dĂ©sirait.

Alger [21] « la blanche Â» & l’administrative. A Alger, en l’occurrence, personne ne pouvait ou ne voulait assurer, Ă  la FacultĂ© de Droit qui allait devenir UniversitĂ© en 1909, les cours de droit public (constitutionnel et administratif). L’Ecole se rĂ©solut consĂ©quemment Ă  faire appel, en mĂ©tropole, Ă  un spĂ©cialiste que Paris choisirait. Et c’est ainsi que Rolland fut engagĂ©, par ses maĂ®tres parisiens, Ă  quitter la capitale pour rejoindre la mĂ©diterranĂ©e algĂ©rienne et mĂŞme algĂ©roise afin non seulement d’y dispenser des leçons publicistes, mais encore pour se prĂ©parer (ce qui sera donc profitable) au prochain concours d’agrĂ©gation (de 1906).

Par ailleurs, Alger, à cette époque, était considérée comme un important centre intellectuel (et ancien) français (où l’on avait enseigné dans la langue de Molière depuis la colonisation de 1830). A la différence d’autres capitales coloniales, il y s’agissait en outre désormais d’un département français à part (presque) entière et de grands publicistes y étaient déjà passés à l’instar du plus célèbre d’entre eux (Edouard Laferrière (1841-1901)), l’ancien vice-président du Conseil d’Etat nommé gouverneur général d’Algérie de 1898 à 1900 avant de regagner Paris pour y terminer sa carrière comme Procureur général près la Cour de cassation. Les vestiges du boulevard et des jardins Laferrière [22] à Alger sont d’ailleurs encore splendides de nos jours.

Les Ecoles supĂ©rieures puis FacultĂ©s & UniversitĂ© d’Alger. Du point de vue universitaire, Alger obtint dès le dĂ©cret du 03 aoĂ»t 1857 une Ecole de mĂ©decine et de pharmacie puis – avec le vote au SĂ©nat de la Loi du 20 dĂ©cembre 1879 – une [23] « Ecole prĂ©paratoire Ă  l’enseignement du Droit Â». Rapidement, le nombre d’inscrit croĂ®t et, en 1887, le directeur (Robert Estoublon Ă  qui l’on doit un exceptionnel Code annotĂ© [24]) de l’Ecole dĂ©clare ainsi dans son rapport annuel la prĂ©sence de 179 Ă©tudiants rĂ©gulièrement inscrits [25]. La transformation des diffĂ©rentes Ecoles agglomĂ©rĂ©es en une unique UniversitĂ© est consĂ©quemment très tĂ´t demandĂ©e (ce dont Rolland sera d’ailleurs tĂ©moin) mĂŞme si ce n’est qu’en 1909 (avec la Loi du 05 juillet) que l’UniversitĂ© sera proclamĂ©e et en 1910 (avec le dĂ©cret du 04 janvier 1910) que l’Ecole de Droit deviendra, comme ses sĹ“urs mĂ©tropolitaines, une FacultĂ© (de Droit) en tant que telle. On sait en outre que le bâtiment principal de cette UniversitĂ© ne date pas de 1909, mais a Ă©tĂ© entrepris – dès 1879 – (et comme Ă  Toulouse du reste) sur le site d’un ancien arsenal qui fut inaugurĂ© le 03 novembre 1887. On sait donc – encore aujourd’hui – oĂą enseigna Louis Rolland Ă  Alger lors de son passage [26].

L’enseignement publiciste Ă  Alger. MĂŞme si, depuis le dĂ©cret du 31 dĂ©cembre 1889, il existait un exceptionnel certificat (dĂ©livrĂ© Ă  Alger) d’études « de lĂ©gislation algĂ©rienne, tunisienne et marocaine, de droit musulman et de coutumes indigènes Â», il exista aussi en AlgĂ©rie un enseignement important du droit public. Toutefois, comme pour l’enseignement publiciste originel créé Ă  Paris en 1819 [27] au profit de de Gerando, l’enseignement publiciste algĂ©rois ne prĂ©vut pas deux chaires (en droits constitutionnel et administratif), mais une seule prĂ©cisĂ©ment intitulĂ©e « droit administratif et constitutionnel Â». Il n’y avait donc qu’un seul spĂ©cialiste publiciste dans les murs de l’Ecole qui deviendra FacultĂ© de Droit lorsque Rolland y fut envoyĂ© en mission.

Et, mĂŞme s’il le remplaça, ce n’est pourtant pas Ă  partir du manuel prĂ©citĂ© de Colin que Louis Rolland trouvera l’inspiration (pour l’avoir parcouru et comparĂ©) pour ses propres premières leçons et ses premiers Ă©crits en droit public. Il va mĂŞme largement s’en distinguer en faisant, dĂ©jĂ , une grande place Ă  la notion centrale, selon lui, du droit public : le service public (ce sur quoi l’on reviendra plus tard), mais aussi en Ă©tudiant beaucoup (alors qu’il n’en Ă©tait pas chargĂ© du cours) la lĂ©gislation dite coloniale.

Succèdera Ă  Colin & Ă  Rolland le professeur de droit administratif AndrĂ© (Victor) MallarmĂ© (1877-1966) admis Ă  faire valoir ses droits Ă  la retraite en 1945. Ce dernier (nĂ© Ă  Bouzareah en AlgĂ©rie) fit, comme Rolland, ses dĂ©buts comme chargĂ© de confĂ©rences (Ă  Paris puis Ă  Lille) puis remplacera Rolland (comme chargĂ© de cours puis comme agrĂ©gĂ© après 1808) Ă  Alger oĂą il accomplit sa carrière et continuera le Code annotĂ© et prĂ©citĂ© d’Estoublon. Par ailleurs, comme Colin, MallarmĂ© eut aussi (sinon surtout) une importante carrière politique : dĂ©putĂ© d’Alger de 1924 Ă  1939, il en fut le sĂ©nateur de 1939 Ă  1945. Par ailleurs, il fut Ă©galement chargĂ© de missions gouvernementales : comme sous-secrĂ©taire d’Etat aux Travaux publics du 19 au 23 juillet 1926 puis du 03 novembre 1929 au 21 fĂ©vrier 1930, comme ministre des Postes, TĂ©lĂ©graphes et TĂ©lĂ©phones du 02 mars au 13 dĂ©cembre 1930 et du 09 fĂ©vrier au 08 novembre 1934 et enfin comme ministre de l’Education nationale du 08 novembre 1934 au 01 juin 1935.

Quant à Rolland, il fut donc pendant trois années consécutives (arrêtés confirmatifs des 31 juillet 1905 et 28 mai 1906) chargé du cours de la chaire de droit public. En 1906, cependant, sa réussite au concours national d’agrégation (dont il sera cette fois le major) le conduisit à la Faculté de Droit de Nancy qu’il intégra (pour dix ans selon les statuts) à compter du 19 novembre 1906. Il quitta alors physiquement le sol algérien qui n’allait plus le quitter dans ses écrits et sûrement au plus profond de son cœur.

Aussi, même si Rolland ne fut que trois années aux bords de la Méditerranée, nous croyons pouvoir dire que cette dernière le marqua à tout jamais (ainsi que sa carrière) même si ce sont les Universités de Nancy et de Paris auxquelles il est encore associé.

A. Le concours d’agrégation & le départ physique d’Alger

Au concours de 1906, 18 candidats se prĂ©sentèrent en section de droit public. Parmi eux Henri NĂ©zard & Georges Scelle furent des candidats malheureux alors que quatre laurĂ©ats triomphèrent du concours : Hippolyte BarthĂ©lĂ©my (qui avait obtenu son doctorat Ă  Toulouse), Jules Basdevant, AndrĂ© Morel et donc Louis Rolland qui en fut le major. Ainsi rĂ©compensĂ©, le publiciste s’installa Ă  Nancy en fin d’annĂ©e. A l’UniversitĂ©, il enseigna – comme il l’avait fait Ă  Alger – le droit administratif. Il rencontra alors la fille d’un Professeur de mĂ©decine (JosĂ©phine) qu’il Ă©pousa comme dit supra en 1908. Il fut titularisĂ© en qualitĂ© de professeur de la chaire de droit administratif en 1911 et dès 1912 il obtenait d’enseigner (alors que rien ne l’y obligeait puisqu’il avait quittĂ© Alger) la lĂ©gislation coloniale. C’est ce dernier cours qui lui permettra mĂŞme, en 1918, de rejoindre la FacultĂ© de Paris.

Des colonies effectives à la législation académique enseignée. En effet, même s’il ne quittera plus la Métropole en qualité d’enseignant, les colonies (et particulièrement le Maghreb) resteront une de ses questions juridiques de prédilection ce dont témoignera, en 1931, la publication de son célèbre précis de législation coloniale. Avant cela, c’est donc en Lorraine qu’il devint, à partir du 01 janvier 1911, titulaire en qualité de professeur de la chaire de droit administratif et dès l’année suivante (arrêté du 21 novembre 1912), outre ses cours administrativistes de licence et de doctorat, qu’il donna des leçons de législation coloniale (le cours ayant été abandonné par M. Beauchet). Rapidement, il demanda alors à rejoindre la capitale et sollicita par suite toute chaire vacante en ce sens. Et, c’est alors encore par le biais des colonies que cette mutation arrivera.

Effectivement, il sera (de 1918 Ă  1920) chargĂ© du cours semestriel de lĂ©gislation coloniale (puis Ă©galement des leçons de lĂ©gislations industrielle et minière) Ă  la FacultĂ© de Droit de Paris oĂą il sera agrĂ©gĂ© de façon pĂ©renne par arrĂŞtĂ©s des 29 juin et 24 juillet 1920. De 1921 Ă  1923, il y est professeur sans chaire (sic) puis hĂ©rite du cours de droit public gĂ©nĂ©ral de Larnaude (parti en retraite). Pour l’obtention de cette chaire, il sera prĂ©fĂ©rĂ© au futur recteur Gidel et ses collègues insisteront notamment en ce sens sur les Ă©lĂ©ments suivants : « pendant son sĂ©jour Ă  Alger, il a pris contact avec les choses de l’Afrique du Nord et il continue de les suivre attentivement. La Revue algĂ©rienne, tunisienne et marocaine lui doit d’importantes Ă©tudes de lĂ©gislation et de jurisprudence. Aussi a-t-il Ă©tĂ© appelĂ© Ă  siĂ©ger au comitĂ© consultatif du Ministère des colonies Â». C’est Ă©galement la rĂ©fĂ©rence Ă  l’outre-mer (pour ses premières annĂ©es d’enseignement et l’intĂ©rĂŞt continu qu’il manifesta pour ces questions) qui semble-t-il provoqua l’octroi de ses premières dĂ©corations et, lors de son admission Ă  la retraite, … une « bonification coloniale Â».

B. Nancy & la Première Guerre mondiale

Avant ce dĂ©part pour Paris, toutefois, signalons un Ă©pisode important dans la vie de Rolland : celui de la Première Guerre mondiale. Comme agent, Louis Rolland prit effectivement très Ă  cĹ“ur ses fonctions publiques et eut pour ambition manifeste de faire toujours triompher sa vision de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral.

L’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral incarnĂ©. En ce sens, il ne s’intĂ©ressera pas qu’au public principal et privilĂ©giĂ© de la FacultĂ©, mais donnera plusieurs cours Ă  destination, par exemple, des Ă©tudiants de capacitĂ© faisant alors primer entre tous ces Ă©lèves un principe d’EgalitĂ©. Pendant la Grande Guerre, Rolland ne fut pas mobilisĂ© (du fait d’une santĂ© fragile) et donnera consĂ©quemment sans compter « jusqu’à trois ou quatre enseignements, les siens compris, pour Â» dĂ©charger « ses collègues mobilisĂ©s et rendre service Ă  la FacultĂ© Â» (notice du 30 juin 1917) [28]. Ainsi, au nom de la continuitĂ© du service de l’enseignement, il fera preuve de mutabilitĂ© et s’adaptera aux conditions exceptionnelles comme pour « compenser cette inaction militaire Â». En outre, sa charitĂ© le portera Ă  s’occuper d’œuvres de guerre Ă  l’instar du patronage du comitĂ© d’assistance aux rĂ©fugiĂ©s. A la fin de sa carrière, Ă©galement, Louis Rolland, bien que très diminuĂ© physiquement, Ă  la demande du doyen Ripert et du Recteur Gidel, accepta de repousser son dĂ©part en retraite et sera maintenu en fonctions pendant trois annĂ©es (au moment du dĂ©part de Mestre, BarthĂ©lĂ©my et Basdevant).

C. Paris & la députation

A Paris, Rolland renoua avec sa famille sarthoise et réussit même à se faire élire député de la 2 e circonscription de Cholet dans le Maine-et-Loire, à deux reprises, en 1928 comme député indépendant, et en 1932, comme démocrate populaire. Il est inutile ici de décrire son œuvre comme député (et notamment certaines de ses prises de position(s)) puisqu’elles font l’objet (ci-après) d’une contribution à part entière.

Un sillon creusĂ© Ă  l’AssemblĂ©e. On soulignera simplement que Louis Rolland dĂ©putĂ© [29] fut inscrit (pendant la 14 e lĂ©gislature) Ă  la Commission de l’administration gĂ©nĂ©rale et – notamment – Ă  celle de l’AlgĂ©rie et des colonies. On retiendra de son activitĂ© politique sa proposition de Loi (n°4951) de 1931 « tendant Ă  assurer l’EgalitĂ© entre les Ă©tudiants des facultĂ©s et Ă©coles centrales de l’Etat et les Ă©tudiants des FacultĂ©s libres Â» qui tĂ©moignait encore de son attachement non seulement au principe d’EgalitĂ©, mais aussi Ă  celui de la matĂ©rialisation de la foi (catholique). On notera aussi (au titre de sa spĂ©cialisation en matière coloniale) son avis donnĂ© en 1930 sur le mariage des Kabyles ou encore son activitĂ© (lors de la 15 e lĂ©gislature) au cĹ“ur de la Commission d’enquĂŞte chargĂ©e de rechercher toutes les responsabilitĂ©s encourues depuis l’origine des affaires dites Stavisky (1934). A titre anecdotique, enfin, on relèvera ce rapport de 1935 sur le « projet de Loi portant augmentation du nombre des dames stĂ©no-dactylographes au Conseil d’Etat Â».

Par ailleurs, à la différence d’aucuns, son loyalisme républicain ne sera jamais démenti et c’est René Capitant qui le fait nommer à la classe exceptionnelle à compter du 01 octobre 1944 (arrêté du 12 mai 1945) avant qu’il ne fasse valoir ses droits à la retraite à partir du 25 août 1947. Il s’éteindra à Paris en mars 1956 (le 02 mars et non le 15 comme l’indiquent certaines sources).

NOTES

[1] L’« enquĂŞte Â» biographique sur Louis Rolland a Ă©tĂ© conjointement menĂ©e par Mme MĂ©lina Elshoud et nous-mĂŞmes. Nous reprenons donc ici les rĂ©sultats de ces travaux que nous avions prĂ©sentĂ©s Ă  deux lors de la journĂ©e d’étude(s). Nos remerciements sont infinis Ă  l’égard de Mme Elshoud qui assumera – quant Ă  elle – seule l’article suivant sur Rolland comme dĂ©putĂ© du Sillon.

[2] A propos duquel on consultera : Jolly Jean, « Jean-Louis Rolland » in Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940) ; Paris, Puf ; 1960.

[3] http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/resultats.

[4] A propos duquel on a dĂ©jĂ  consacrĂ© une courte biographie parue in Renucci Florence (dir.), Dictionnaire des juristes ultramarins (XVIIIe-XXe siècles) ; publiĂ© en 2012 en version « rapport Â» et Ă©galement consultable en ligne sur notre site personnel : http://www.chezfoucart.com.

[5] Voyez, plus loin, aux pages 83 et s.

[6] Cf. en ligne : http://www.arjowiggins.com.

[7] Les présents éléments sont issus de notre premier article biographique précité.

[8] Rolland Louis, De la correspondance postale et tĂ©lĂ©graphique dans les relations internationales ; Paris, Pedone ; 1901.

[9] Rolland Louis, Du secret professionnel des agents de la poste et du tĂ©lĂ©graphe ; Paris, Pedone ; 1901.

[10] Lors de ce concours, dont triomphèrent Gaston Jeze & Nicolas Politis il y eut seulement deux agrégés en section de droit public et 17 candidats dont Louis Rolland.

[11] Lors de cette seconde tentative, il y eut 13 candidats au concours en section de droit public (dont Louis Rolland) ; concours qui vit triompher le Toulousain Delpech.

[12] Voyez, aux Archives Nationales : Caran A.N. F 17 / 25230 & AJ 16/1456.

[13] Et non « Coly Â» comme on a pu l’écrire autrefois.

[14] Colin Maurice, Cours Ă©lĂ©mentaire de droit administratif, prĂ©cĂ©dĂ© de notions sur l’organisation des pouvoirs publics en France, Ă  l’usage des candidats aux examens de licence ; Alger, Jourdan ; 1890.

[15] Ainsi qu’on l’a racontĂ© in Touzeil-Divina Mathieu (dir.), MiscellannĂ©es Maurice Hauriou ; Le Mans, L’Epitoge ; 2013 ; p. 86 et s.

[16] On se permettra de renvoyer sur ce point Ă  : Touzeil-Divina Mathieu, ElĂ©ments d’histoire du droit administratif ; un père du droit administratif moderne : le doyen Foucart ; Lgdj (en cours) ; § 31.

[17] Faute d’autres postes disponibles, de places ou pour faire plaisir au doyen ou au ministre !

[18] Lettre en date du 26 octobre 1842 (dossier personnel : A.N. F17 / 20862).

[19] Audinet Eugène, Georges Barilleau, doyen de la FacultĂ© de droit de l’UniversitĂ© de Poitiers (1853-1925) ; Poitiers, Imp. Moderne ; 1927.

[20] Dossiers personnels : A.N. F17 / 20 404 (Chauveau) et AJ 16 / 217 (Giraud). A l’égard de ce dernier Ă©voquant, le droit administratif, Glasson citera les mots suivants : « c’est de toutes les parties de la jurisprudence, celle qui offre le plus d’ariditĂ© et qui change le plus souvent » in Note sur la vie et les travaux de M. Charles Giraud ; Paris, Picard ; 1890, p. 5.

[21] Cf. la très belle chanson du groupe Djurdjura : « Alger la blanche Â» (1979) eu Ă©gard aux maisons de cette couleur si particulière Ă  Alger.

[22] A l’égard du passage du grand Laferrière Ă  Alger, on consultera le numĂ©ro spĂ©cial (n° 18 ; septembre 1900) de la Revue illustrĂ©e qui fut consacrĂ© Ă  l’AlgĂ©rie (spĂ©cialement aux pages 12 et s.).

[23] Cf. MĂ©lia Jean, (…) Histoire de l’UniversitĂ© d’Alger ; Alger, Maison des Livres ; 1950. Sur l’enseignement juridique Ă  Alger, mentionnons Ă©galement (avec quelques belles photographies de juristes) le bel ouvrage rĂ©alisĂ© en 1959 pour le cinquantenaire de l’établissement.

[24] Estoublon Robert, Code de l’AlgĂ©rie annotĂ© ; Alger ; 1898.

[25] CitĂ© par MĂ©lia Jean ; op. cit. ; p. 63.

[26] Ainsi qu’en témoigne la première image en haut à gauche de la première de couverture du présent ouvrage ainsi que le document présenté infra aux pages 84 et s.

[27] Voyez en ce sens : Touzeil-Divina Mathieu, Histoire de l’enseignement du droit public (…) ; Paris, Lgdj ; 2007 ; § 346 et s.

[28] Dossier personnel précité aux Archives Nationales.

[29] Et ce, selon la lecture des Tables analytiques des annales de la Chambre des dĂ©putĂ©s ; 14e lĂ©gislature (1928-1932) et 15e lĂ©gislature (1932-1936).